Elsa ADROGUER s’attaque à "Blanche Aurore Céleste" de Noëlle Renaude sous la direction de Sonia Fernandez Velasco.

 

Je dis "s’attaque" car ce n’est pas une interprétation ou plutôt, il n’y a pas d’interprétation possible, car « Blanche Aurore Céleste » n’est pas vraiment un monologue de théâtre. C’est une sorte de confession… à personne - à elle-même peut-être ? Mais l’introspection n’y est pas flagrante. Se confie-t-elle à une feuille de papier, à une caméra de téléréalité ? Allez incarner le personnage avec ça !

 

Le texte hésite : Blanche relate ses relations amoureuses, Blanche dit l’indicible, Blanche est confinée dans sa quête. Questionne-t-elle ce confinement ? Interroge-t-elle son moi ? On a plutôt l’impression qu’elle nous jette en pâture sa vie sexuelle sans autre état particulier qu’un état de fait. Sans état d’âme ; car dame, s’il y a de l’amour, s’il y a de l’éros, c’est au lit de l’amatrice (littéralement : « celle qui aime »). Le ton y est donc journalistique au plus proche de sa définition première. Un relevé d’hommes rencontrés. Un répertoire dont les noms ne sont que des prénoms. Une tabelle comme disent les suisses. Revue d’inventaire pour administrer le cœur. Une nomenclature de sa libido. Et nous plongeons désordonnés dans la litanie amoureuse de Blanche.

 

Elle énumère mais à qui parle-t-elle se demande-t-on (et les protagonistes de cette pièce n’auront pas hésité à se poser la question) ? Alors nous pouvons reparler de ce foutu 4ème mur que la scène propose à l’art dramatique. Quel est-il en l’occurrence ? Blanche s'y cogne en tout état de cause.

Elle est en boîte. La maison de poupée. Une poupée godemichet. Insoutenable.

 

Sonia Fernandez Velasco habille et déshabille Blanche à loisir. Elle joue à la poupée. « Hé poupée ! » crachent les hommes au corps de Blanche. Elsa semble nous le restituer sans pudeur, mais ce n’est que celle de Blanche. Elsa est fragile. Elsa est sur le fil. Elsa frôle Blanche. Et Blanche bouscule Elsa. Elsa hoquette quand Blanche éructe. Elsa frémit quand Blanche vibrionne. Elsa voudrait jouir mais Blanche ne lui en laisse pas le temps. Blanche fond. Blanche se désincarne. Blanche ne semble pouvoir exister qu’en regard de l’homme. Jusqu’à son chien qui a un prénom d’homme… Tous des chiens !

Et en tant qu’homme, je reçois cette misogynie.

 

Le 4ème mur est une fenêtre que Blanche laisse ouverte pour que les hommes y entrent. Malaise. Elsa erre dans la chambre de Blanche, passant et repassant devant cette fenêtre. Inlassablement, elle s’apprête à – et pour – sortir. Mais il n’y a pas d’issue s’il n’y a pas d’homme. Et puis que faire ? Un de plus ? Blanche secoue sa couette comme on retourne sa vie. C’est laborieux la housse de couette. Elsa y laisse des plumes. Un coussin. Puis un cousin. Nouvel homme. Un tapis de sol perd ses poils. Le 4 ème mur est un poster géant : la carte du Tendre de Blanche que parcours Elsa. Avec adresse elle s’y perd pour qu’on rencontre Blanche. Blanche rougit. Blanche noircit. Elsa croque la pomme verte. La pomme rouge. Elsa croque le lit. Lèche les draps. L’empreinte des dents d’Elsa grave maintenant la peau des hommes de Blanche. J’entends du Barbara. Blanche pense à Marcel comme Brassens à Fernande. Elsa-Blanche pourrait être chanté par Brel quand par épuisement elle épouse la cause des femmes oubliées. Elsa si belle, définitivement mariée à Blanche si laide, au jour de ses noces de papier. Papier froissé. Et moi, un papier absorbant couleur jus de myrtille.

 

Patrice Zonta,

comédien - auteur - metteur en scène

le 18/10/14